D’hier à aujourd’hui

D’hier à aujourd’hui

 

Dimanche 8 juillet 1955, au terrain des Champs de course. Devant le gouverneur Cornut Gentille, l'Us Gorée balaie l’Asec d'Abidjan par 7-0, en finale de la Coupe de l'Aof. Les Habib Bâ, Boubou Mbengue, Omar Guèye, Saër Sène, Hann Thiaroye et autre Badou Camara se sont régalés devant des Ivoiriens dont le seul tort fut de rester dans la désuète méthode d’un jeu vieux d’un siècle.

Si la Saint-Louisienne des Lô Madièye, Alou, Magaye et autre Douzaine ont fermé la marche victorieuse des Sénégalais en Coupe d'Aof, devant le Modèle de Lomé des Djibril et Ekué, on retiendra que de 1948 à 1953, les trois équipes de Dakar que furent le Foyer France Sénégal des Mbaye Parka, Charles Wade et autre Seydou Diop, la Ja des Adrien Lopy, Henri Gomis, Henri Diop, et l'Us Gorée se partageaient les finales devant des publics  enthousiastes du Dakar naissant.De Rass Mission à Fith Mith, de Rebeuss à la Gueule Tapée, voire Fass ou Colobane, tout était baraquement.

Pieds d'ange, cœurs gros, débordants de vitalité et de technique individuelle, les joueurs sénégalais étaient  porteurs de la nouvelle trouvaille tactique qui secouait l'Europe : le WM. A leur supériorité absolue d’antan, s’oppose l’inquiétante incapacité qu’ont aujourd’hui nos équipes à dépasser les premiers tours des coupes d'Afrique. Même devant de modestes Gambiens, devant les Maliens qui sont nos bourreaux actuels, l’échec est au bout de tous les efforts.

Quel était le secret de nos équipes d'antan ?

Nommé conseiller technique à mes côtés à Gorée, Omar Guèye aimait  rappeler aux joueurs avant les matches : «Quand je me réveillais le matin sur ma natte, après un bon plat de laax, je préparais mon sac de sports et je disais à ma mère : «Si ce soir tu vois des gens arriver dans la confusion et la clameur, sache que ton fils a laissé sa vie sur le terrain pour l'honneur de Gorée.»

En plus de cette détermination, les joueurs d’antan avaient une bonne culture tactique. Le WM, avec son carré magique qui réduisait les distances au milieu, avait pourtant ce paradoxe, en faisant se superposer dans la pratique le W de l'une au M de l'autre équipe, de favoriser des marquages individuels qui ralentissaient le jeu. Mais cela, les autres équipes africaines ne le savaient pas.

A l’époque, le football sénégalais était sur les pas des étonnants Hongrois comme Puskas, Kocsis, Czibor, etc., du Mondial-1954. Aujourd’hui, il a perdu tous ses repères.

Entre les serments d’avant-match que les Omar Guèye faisaient à leur capitaine Hann Thiaroye et les attitudes caractérielles négatives de nos joueurs actuels, entre la maîtrise des tactiques innovantes d’hier et les jeux décousus d'aujourd'hui, devant l’inculture notée face aux nouvelles trouvailles en systèmes modernes tels que le 4-5-1 ou le 3-5-2,  il y a de quoi désespérer de ces joueurs qui ne connaissent point l'amour du maillot, ni l'honneur d'un quartier, qui arrivent dans l'équipe en chasseurs de primes opportunistes, rêvant de contrats en Europe.

Enveloppés dans un nouveau contexte rebaptisé  «football pro», avec ses émoluments de smicard (s’ils sont payés !), les joueurs actuels ont perdu leur âme après avoir depuis longtemps oublié les seuls fondamentaux de la technique de base qui vaille, avec le triptyque «prendre, conserver et acheminer le ballon».

Gambiens et Maliens s'en régalent chaque année. Equipes phares africaines d'antan, la Ja et Gorée sont en train de se consumer dans un processus de disparition programmée. Ainsi va l'immobilisme dans le conservatisme, ces normes contre-courant du progrès.

Iba DIA