Des stades, en attendant les cathédrales

 

Par TIDIANE KASSE (jourdesport.sn)

En ces temps de vaches maigres la nouvelle a de quoi arracher un sourire. Loin d’une réaction de dépit, il illustre un sentiment de plaisir à peine voilé. Un bonheur à 17 milliards de francs ne se compte pas. Surtout quand il consacre une hausse de 70% sur un budget du ministère des Sports qui peinait à dépasser 10 milliards. Ce n’est pas encore le Pérou. On n’en est pas encore à ce 1% du budget national que promettait le président de la République au mouvement sportif, alors qu’il était candidat à la présidentielle en 2012. Ce plaisir, on l’aurait atteint avec 30 milliards de francs. Mais dans un contexte où le sport a toujours été parmi les derniers servis de la bande, ne buvant du calice que la lie, sa quote-part dans la Loi des finances à venir, annoncée par L’Observateur dans son édition du samedi, a le goût d’un élixir du bonheur.

Pour l’essentiel, ce budget devrait être investi dans les infrastructures. Il s’agit de retaper, de relifter et de ramener aux normes internationales des endroits qui, parfois, sont indignes de s’appeler stade ou stadium. Mieux, on annonce que la morne plaine qu’est Assane Diouf va retourner à ses fonctions initiales, alors que des géophages avaient rasé les tribunes, dessouché les poteaux et rêvaient d’y installer des tours sur le rond central. C’est une belle victoire sur la folie du béton. On reste à «ground zéro» et sur la surface plane le ballon va rester roi. «Le bonheur est dans le pré», récitait-on jadis devant le maître au primaire. Il va y rester.

Retaper Demba Diop et Léopold Senghor, avoir un stadium de basket digne de ce nom constituent une nécessité de salut public. Pour la sécurité et pour l’honneur. Car un stade, au moment où le sport se mondialise à travers la télévision, est l’une des meilleures représentations qu’un pays puisse donner de lui-même. Ce sont les cathédrales du futur.

 

Ciao Champ ! - Yekini n’a pas poussé le bouchon plus loin qu’il n’en faut. Deux défaites successives devant Balla Gaye 2 et Lac de Guiers 2 l’ont poussé à mettre fin à sa carrière. Ce ne sont pas des tâches qui assombrissent le chemin de lumière qui a été le sien. Yékini est sorti de l’arène de la meilleure des manières, en n’emportant pas le flambeau mais en le laissant entre d’autres mains. C’est ainsi que s’éclipsent les grands champions. Etre grand, c’est s’éprouver jusqu’à son ultime limite et avoir la grandeur de reconnaître qu’on appartient au passé d’une discipline qui évolue.

La dernière défaite devant Lac de Guiers 2 montre combien le temps est l’ennemi du champion. Le placage qu’il a subi lui a exhibé les limites de sa force physique. L’enchainement de l’action qui l’a emporté atteste du que ses réactions ne sont plus au point. De n’avoir pas deviné l’intention de son adversaire lui a suffi pour comprendre que ses capacités d’anticipation et de lecture ne sont plus. Yekini a la lutte dans la tête, mais son corps ne suit plus. Il pouvait encore rester dans l’arène pour nourrir des illusions, il a préféré partir. Il y a sans doute eu plus grand champion que lui dans l’arène, mais ses hauts faits d’armes restent uniques (quinze ans sans défaite). Peut-être à jamais.

 

Chris, le Petit prince s’en est allé - Il s’appelait Christophe Sagna. Par amour pour son talent on l’appelait Chris. C’était longtemps avant Cristiano Ronaldo. Il était milieu de terrain de la Jeanne d’Arc, mais évoluait parfois en «faux ailier» dans un 4-3-3 qui le positionnait comme CR7 du Real. Son physique préfigurait celui de Messi. Aussi petit, mais plus fragile que l’ange du Barça. Chris était un «10» au talent énorme. Un petit bout d’homme dont la grandeur a laissé une des plus belles marques dans l’histoire de la Jeanne d’Arc. La Ja, en ce début des années 1970, évoluait en «criss cross», avec des permutations étourdissantes à partir du milieu de terrain. Ses frêles épaules portaient le mouvement avec un sublime bonheur. Chris était un des enchanteurs de Demba Diop. Il rendait encore plus éblouissante l’équipe nationale, avec autour lui les Mbaye Fall, Yamegor Seck, Badou Gaye et compagnie.

Parti en France en 1977, il deviendra le Petit Prince de Laval, avec une superbe saison 1981-82 en Ligue 1. A 32 ans, en 1986, Chris fut de l’expédition de Caire 86 comme remplaçant de luxe. Il jouait alors à Quimper et n’était plus le même bonhomme.

Christophe est mort dimanche. L’avoir vu jouer c’est ne jamais l’oublier.

Par Tidiane Kassé