Diao Baldé, un bonheur

  • Par Tidiane KASSE (jourdesport)
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  • Même à faire la fine bouche on ne peut manquer de savourer l’instant présent. Ce bonheur se déguste en entier, avec l’enveloppe, la pulpe et les pépins. Car s’il y a bien eu des déchets résiduels dans ce Sénégal-Cap Vert (2-0) qui a démarré les qualifications pour le Mondial 2018, ils ne sont pas de nature indigeste. On avale tout. Et repus comme rarement avec les «Lions», on peut envelopper le Groupe D d’un œil joyeux et rassuré.
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  • Le bonheur de ce match c’est de l’avoir vécu sans pression. En aucun moment rien n’a paru pouvoir échapper aux «Lions». Ils avaient la maitrise du ballon et le contrôle du jeu, évoluaient un poil dessus sur le plan technique et tactique et opéraient à leur aise. C’est la première fois, depuis bientôt trois ans, qu’on les voit autant maitres des événements pendant tout un match, dans une expression  parfaite de leur art et avec une efficacité consommée.
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  • Le scénario était idéal pour se mettre en valeur, presque personne n’a raté l’appel. Le plaisir est surtout d’avoir découvert Diao Baldé en grandeur réelle. Le geste pur, l’initiative belle, les intentions souvent abouties, il a vécu ce match comme sur un nuage, avec une inspiration parfois sublime comme sur cette talonnade servie à Moussa Sow pour le second but. A ce stade parfait de l’expression (il fut aussi premier buteur du match), on ne peut que lui souhaiter de rester lui-même, de demeurer un élément du groupe, de jouer avec les autres et non pour lui-même, de continuer à partager son bonheur et celui des autres dans la même communion, de savoir que s’il faut jouer pour le public il faut le faire avec le geste utile.
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  • Diao Baldé a montré qu’il en voulait et on sent qu’il vit cette équipe nationale, qu’il l’a vit en osmose avec les autres joueurs. On l’a vu dans ses gestes à l’endroit des autres, on l’a senti dans ses effusions collectives. A 21 ans il porte un bel avenir. Ce sont des pépites pareilles qu’un football, quand il est béni, se découvre de temps à autre pour se porter vers des dimensions supérieures. Il n’est pas né sur ces terres, n’a pas fait son Ba-ba entre les monticules de sable et les tas de pierre, mais il porte en lui cet Adn qui l’a ramené à son peuple et a créé avec lui une fusion complète.
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  • Avec Sadio Mané et Diao Baldé, l’équipe nationale porte désormais deux bretteurs de haut calibre. C’est une assurance supplémentaire. Autant il est difficile de porter une équipe sur deux épaules, autant la paire offre équilibre et sécurité. Avec deux moteurs, il est possible de fonctionner en mode alternatif ou en mode cumulé. L’un peut se reposer, disparaître du match et de la surveillance de ses adversaires, tandis que l’autre fait le jeu. Et vice-versa. Quand les deux carburent sur le même tempo, le bonheur s’offre sous une plénitude totale. Ce sont des instants pareils qu’on a vécu samedi, notamment sur le second but des «Lions» qui fut le fruit d’une belle maitre collective.
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  • Dommage que le Cap Vert n’ait pas réellement existé dans ce match. Ses ambitions de départ étaient limités, visant à repartir de Dakar avec «au moins un nul», ses intentions sur le terrain ne sont pas allées au-delà. Inexistants en première période, velléitaires en début de seconde période, les Cap-Verdiens n’ont jamais réellement pesé sur ce match. Ils l’ont traversé sans laisser une impression collective remarquable et sans qu’un talent individuel ne fasse la différence. Manifestement les «Requins bleus» ont évolué en deçà  de leurs dernières performances et de l’identité qu’ils portent désormais en Afrique.
  • Tidiane KASSE (jourdesport.sn)
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