LE BUT EN OR DE WEAH

Par Tidiane Kassé

Il commence sans doute à mesurer le poids de ses responsabilités. Il n’arbore plus un brassard de capitaine qui le place en tête de onze hommes, c’est le destin d’une nation que George Weah porte sur ses épaules. A ses pieds un monde conquis. Mister George est ainsi devenu Mister President.

Ceux qui l’ont côtoyé dans ses moments de gloire sportive chantent ce qui fut sa vie de «mère Théresa», quand il vidait les tables du dîner des joueurs pour emporter les restes de repas de la 3e mi-temps et les distribuer aux pauvres des ponts de Paris. Ses valeurs nationalistes reviennent quand on apprend que son salaire de footballeur servait aussi à faire vivre les fonctionnaires de l’ambassade du Libéria à Paris pour que continue à flotter le pavillon de la  «Lone Star» dans le ciel de France. Quant à son amour pour le maillot national, les anecdotes à ce propos font florès. Il a payé des billets d’avion, ramené des jeux de maillots au pays, payé de primes…

Un souvenir du début des années 1990 revient. On avait croisé Weah et les joueurs libériens à l’aéroport de Lomé. Il était en culotte et maillot, le pantalon du survêtement autour des reins, dans ses mains une pile de passeport. Devant le policier aux frontières, c’est lui qui appelait les joueurs à passer l’un après l’autre pour les formalités. Il était l’intendant, l’inspirateur, le leader… La «Lone Star» était en transit vers une compétition africaine et il avait l’œil sur la troupe.

Le ballon avait déjà anobli Weah. En 1995, quand son talent éclipsa tous les autres éclats du monde, France Foot avait gravé son nom au bas d’un Ballon d’or. Consécration d’un homme et de son talent. Né dans les bas-fonds de Monrovia puis porté par des airs de liberté vagabonde, il fut un enfant d’Afrique jonglant d’un terrain vague à un autre. Ses errances l’ont ancré sur les terrains de foot, là où le grand air ouvre les horizons, forge les mentalités, vous apprend à vivre et à être solidaire, rend les pieds intelligents et cisèle le talent. Passé par Monaco et par le Psg, avant d’atterrir à l’Ac Milan puis de continuer ailleurs, il était le meilleur dans ce qui fut, à l’époque, le meilleur championnat au monde, la Série A italienne.

Sa carrière de footballeur en Afrique a épousé les limites de la sélection libérienne (une participation à la Can-1996), mais sa vie avec son peuple est d’une richesse énorme. Weah n’aurait jamais pu être sans un ballon, sa force c’est d’avoir su le faire rebondir dans le sens de l’histoire.

Son destin aurait pu être fabuleux dès 2005. Pour sa première participation à la présidentielle libérienne, il avait acculé Ellen Johnson Sirleaf dans les cordes. Pour des confrères libériens interpellés sur la question, aucun doute ne subsistait : Weah avait gagné. Mais il n’avait aucun soutien de par le monde. Il était un «native», un «enfant du pays», et le souvenir du règne sanglant de Samuel Doe (autre native) hantait les esprits des descendants afro-américains qui contrôlent le pays.

En 2011, on rebat les cartes. Weah est candidat à la vice-présidence dans un ticket mais se heurte encore à la communauté des «bien pensant» de ce monde. Un Prix Nobel de la Paix à Mme Sirleaf, décerné en pleine campagne pour la présidentielle, scelle l’issue de la course.

On faisait de Weah un inculte, un ignorant. Il est allé se forger à la bonne école. Son certificat de haute «honorabilité» il l’a décroché aux Etats Unis. De retour au pays il a continué à «ramper». Elu sénateur il y a trois ans, il est devenu président depuis le 28 décembre 2017.

Premier sportif de haut niveau à atteindre le Graal, les préjugés l’épargnent encore. Mais ses ennemis attendent au coin du bois avec des clichés sur le footballeur «talentueux de ses pieds mais vide de cerveau». On guette aussi l’inculte et son patois de footballeur, cette «langue de bois» qui inonde les micros des journalistes. Mais Weah a appris à grandir avec son peuple, à le regarder les yeux dans les yeux. C’est plus important que de jongler avec les Pib et Pnb… Reste à savoir si cela sera suffisant.

Tidiane Kassé

 

CONTRIBUTION - Par Ababacar Fall Barros

 

GEORGE WAI YA : BALLON D'OR... PRESIDENT D'OR

Voilà ce qui pourrait constituer un sujet de thèse politique en perspective d’une fin de mandat du président,  au regard des projets  de l’homme  d’engagement envers son peuple, qu’est George Weihai,  ancien brillant footballeur qui vient d’être élu Président de la République de son pays, le Libéria.

Toutes nos félicitations à Monsieur le président de la République, à l’occasion de son succès. Mais il y a lieu d’attirer  son attention  sur le fait que le terrain de foot n’est celui du  politique.  Car,  au plan politique il faut plus un cœur d’or ou de bons sentiments pour attendrir  les tenants du système d’exploitation capitaliste,  peuplé par les ‘’fainéants et les arnaqueurs’’, selon les propres termes de Georges.

 Les témoignages fournis çà et là, indiquent que le bonhomme sorti des bidonvilles, porte en son cœur les peuples déshérités de son et continue de les aider à réaliser leur rêves de bonheur.  Mais il se trouve que  le système qui gouverne le monde ne veut pas entendre parler de politique sociale ni de partage.

 Pour ces catégories d’individus,  lorsqu’il y a 100 de richesses nationales, 20 individus veulent accaparer les 90 et réserver le reste 10, pour les autres. Un président qui n’accepte pas cela, surtout africain, est considéré comme un mauvais président. Le docile président, lui, est le bon président. Voilà les règles qui gouvernent le monde, à l’heure actuelle. Weiha devra comprendre que le leadership auquel il veut prétendre, la réalisation de son projet révolutionnaire qu’il veut initier doivent  passer par faire prendre conscience aux jeunes, la nécessité de se battre pour la sauvegarde de la souveraineté et l’indépendance nationales de son pays.

 Les déboires que connaissent nos pays découlent essentiellement de la démission, de la trahison des élites principalement de refuser de s’assumer par rapport à ces postulats.  Donc, si notre  président refuse le dictat des puissants d’argent, il pourra recevoir des populations déshérités, son trophée de ‘’Président d’or’’, à la fin de son mandat, puis de second et même au-delà, si le peuple le désir.                      

 Car la thèse de la limitation des mandats n’a pour objectif que de freiner le mandat d’un bon président dont le projet politique et économique répond aux aspirations de son peuple. Pour  les dominants,  le mandat  n’est élastique ou pas qu’au regard des intérêts en jeu.

 Dakar, le 31 décembre 2017

 Ababacar Fall-Barros.