Une crotte d’«Etalon»

La Zambie victorieuse en 2012, le Burkina Faso finaliste magnifique en 2013, la démocratisation du football africain semble suivre une bonne progression. Sans qu’il n’y ait une rupture systémique dans le processus de renouvellement de son élite, le continent voit une régénérescence s’opérer à travers la perfusion d’une sève nouvelle.

Le Nigeria, troisième titre en poche après 1980 et 1994, perpétue certes une domination qui fait qu’en 29 éditions de Can, seules 14 équipes nationales ont remporté le titre (sur cinquante-trois Etats, cela fait moins du tiers des prétendants), mais cette suprématie traduit mal l’étroitesse de la marge qui sépare les deux parois du fossé.

Dans l’ordre de grandeur qui série les valeurs sur le continent, nombre d’équipes nationales affichent des indices de qualité qui auraient dû leur permettre de faire partie des têtes couronnées. Le Mali en est, le Sénégal aussi. Tout comme la Guinée. Grâce à leur apport historique au football continental, leur absence dans le cercle fermé des grands vainqueurs s’affiche comme un terrible paradoxe. Tous ont été finalistes. En 1972 pour le Mali (battu par le Congo : 3-2), en 1976 pour la Guinée (1-1 avec le Maroc qui passe au goal-average) et 2002 pour le Sénégal (0-0 et 3-2 aux Tab pour le Cameroun).

Pour eux, l’échec n’est pas dans ces finales perdues, mais dans l’incapacité à bâtir une chaîne cohérente de consolidation et de progression des acquis.

Tous voisins, ces pays ont cependant souffert de leur proximité géographique et des anciennes méthodes de la Caf. Les moyens de déplacement étant limités, elle organisait ses matches de qualification en tenant compte des limites de distances. Sénégal, Guinée et Mali ont passé leur temps, dans les années 1960-1970, à s’éliminer dans des derbies, alors que chacune de ces nations avait un potentiel de vainqueur à la Can.

Le Burkina est allé au-delà des limites attendues. Le véritable défi commence pour lui, que ses voisins maliens, guinéens et sénégalais n’ont su relever. Son succès peut n’être qu’une heureuse occurrence historique qui restera pour longtemps sans lendemain. Des précédents existent. Ainsi le Congo a disparu depuis sa victoire de 1972. La Rd Congo (ex-Zaïre) n’a plus gagné depuis 1974. Le Maroc court derrière un titre depuis 1976, etc.

En dehors des Egyptiens (7 titres sur les 14 vainqueurs), prédateurs au long cours, l’Afrique reste un terrain de chasse largement ouvert, où seuls les Ghanéens (années 1960 à 1980 pour 4 titres) et les Camerounais (années 1980 à 2000 pour 4 titres) ont connu de réels moments de festin.

Aujourd’hui, quand une équipe nationale africaine atteint les sommets, on constate que sa pyramide de croissance  repose sur du vide. Au sommet trône une génération exceptionnelle disséminée en Europe. Elle disparaît souvent aussi vite qu’elle a émergé. Derrière le Congo de 1972, il y avait le Cara de Brazzaville. Le Zaïre des années 1970 était adossé au Tp Engleberg (devenu Tp Mazembé) et au Vita Club, le Ghana était une émanation du Kototo et du Hearts of Oak. Le Mouloudia a participé à l’enfantement de la grande Algérie, etc. Il n’y avait jamais de fumée sans feu, à l’époque.

Mais aujourd’hui, à propos des «Etalons», on peut paraphraser Staline : «Le Burkina, combien de division ?»

Il faut espérer qu’une réelle politique sportive accompagne l’exploit de cette Can pour massifier, structurer et mieux asseoir le foot dans ce pays. Sinon, tout cela disparaîtra aussi vite qu’une crotte d’«Etalon» dans la poussière du Sahel.

Tidiane KASSE