EL MOCTAR DIOP, PRESIDENT FEDE KARATE : «Faire revenir les gens injustement écartés»

Réunifier la famille du karaté sénégalais. Tel est le pari de Mouhamed El Moctar Diop élu président de la Fédération dimanche dernier, au terme d’un conclave marathon de 15 tours d’horloge. Jourdesport.sn l’a croisé mardi à la Piscine olympique nationale, en marge des 10es Jeux de Sup de Co.

Jourdesport.sn: Dans la foulée de votre nomination l’on vous retrouve à la Piscine olympique avec les étudiants de Sup de Co…

El Moctar Diop: Je tiens à rendre grâce à Dieu avec cette nomination comme président de la Fédération sénégalaise de karaté et disciplines associées. Et remercier toute la famille du karaté sénégalais. Ce n’était pas facile, mais n’empêche les acteurs du karaté national ont porté leur choix sur ma modeste personne. Et je sais que j’ai la possibilité de participer au développement du karaté sénégalais.

Pour en revenir à ma présence à la Piscine olympique en ce mardi 9 mai 2017, cela s’explique justement par les 10es Jeux de Sup Co. Etablissement où je suis directeur académique. Du coup, je ne suis pas venu à la Piscine olympique comme nouveau président de la Fédé de karaté. Mais plutôt comme superviseur des activités de ces 10es Jeux de Sup de Co où l’on retrouve des disciplines comme le foot, le hand et aussi le karaté. Une discipline, qui du reste, s’est tenue avec des arbitres fédéraux et d’un arbitre international qu’est Me Mamadou Lamine Cissé.

Comme vous savez, le sport fait partie intégrante de notre dispositif pédagogique au niveau de Sup de Co. Le sport y est donc obligatoire. Nous avons aussi là-bas un club de karaté. Club qui a eu a remporté récemment une médaille d’or à l’échelle universitaire africaine ainsi que des métaux en bronze. Et nos combattants sont en train de penser à une participation aux Mondiaux universitaires de 2018 au Japon. En interne, Sup de Co est prêt à les y accompagner.

Comme vous savez notre Pdg, Ababacar Sadikh Sy est sportif dans l’âme. Il a eu à diriger la Linguère de Saint Louis et a été présent dans les arcanes de la Fédération sénégalaise de football. Donc Sup de Co accompagne toutes les disciplines sportives en général. Le football et le karaté, en particulier. Sup de Co sponsorise le tournoi international de judo de Saint-Louis et a participé financièrement à la tenue des Championnats d’Afrique de karaté à Dakar en 2014. Et beaucoup de karatékas de Sup de Co qui sont internationaux, bénéficient d’une bourse. Ce qui leur permet de faire des études de façon presque gratuite. En sus d’un appui lors des compétitions nationales. C’est une façon donc pour Sup de Co de participer au développement du sport sénégalais en général. Certes, Dieu a fait que tous les internationaux de Sup de Co sont recensés au niveau du karaté. Mais cela ne veut pas dire que tous nos efforts sportifs sont concentrés sur cette discipline seulement.

Revenons donc sur l’Ag élective de karaté qui vous a propulsé à la présidence fédérale.

Nombreux étaient les karatékas qui s’étaient plaints en proposant un nouveau bureau fédéral. Ils n’étaient pas satisfaits du travail effectué. Pas satisfaits du président sortant (Mamadou Sarr, Ndlr). Pas satisfaits donc de beaucoup de choses. Des gens ont été écartés injustement du karaté national. Alors que des gens censés apporter quelque chose à notre discipline, doivent être plutôt associés. Ceci pour le développement du karaté. On doit servir le karaté et non se servir du karaté. Quand nous étions gosses, on nous apprenait les valeurs cardinales du karaté articulées autour du savoir, de l’intégrité, du respect de l’autre. La solidarité, le partage.

Et là nous sommes à la tête de cette nouvelle Fédération. Nous nous devons alors d’avoir une certaine ouverture d’esprit. Respecter les gens, discuter avec eux. Les respecter signifie les informer tout en leur disant la vérité. Et ensuite partager démocratiquement les informations en notre possession. C’est cela qui est important. Ne pas être réfractaire aux critiques. Car les critiques constructives ne peuvent participer qu’au développement du karaté. C’est dans la contradiction que l’on peut faire évoluer les choses. Le karaté sénégalais regorge de nombreuses ressources humaines. Les gens sont instruits et ont des idées. Ils peuvent réfléchir sur des plans de développement stratégique. Certains possèdent la technique à l’instar des ceintures noires 6e et 7edan. D’autres ont l’argent donc peuvent participer sur le plan financier. D’autres également ont leurs prières afin d’arriver à des résultats positifs et meilleurs. Tout ceci pour que les objectifs sportifs puissent être atteints.

Ces différentes ressources humaines sont bénéfiques pour faire avancer le karaté. Moi, je suis de nature ouvert. Et j’ai de bons rapports avec tout le monde au sein de la galaxie du karaté sénégalais. Pour l’anecdote, des propos du genre «c’est un gosse sérieux, un gosse rigoureux» me suivent toujours dans ce milieu.

J’ai 48 ans actuellement, n’empêche, cette étiquette de gosse me colle encore en raison du jeune pratiquant de mini-karaté et d’ancien athlète que je fus aux yeux de certains acteurs de la discipline. Cela leur permet de me tutoyer et de créer une certaine familiarité. Tout cela reste très affectif.

Vous avez été élu tout de même devant deux autres adversaires ?

Je dirais que j’ai eu des discussions sérieuses avec les clubs de la banlieue dakaroise et certaines régions du pays bien avant le conclave électif de ce week-end. Nous avons pu donc harmoniser nos positions. Dans un premier temps j’ai intégré le comité directeur de 33 membres. Puis j’ai figuré parmi les trois candidats au poste de président de la Fédé de karaté. Mon Cv et mon parcours dans le karaté surtout depuis mon retour au pays depuis cinq ans maintenant, ont finalement fait basculer les voix en ma faveur. Mes deux adversaires que je respecte beaucoup à savoir Malick Ndoye et Mamadou Lamine Cissé avaient de bonnes intentions pour le karaté en aspirant à ce poste présidentiel. Mais le Cd a tranché en ma faveur.

J’ai eu 16 voix, Malick Ndoye en a récolté 15 et moins de deux voix enfin pour Mamadou Lamine Cissé. Je tiens de nouveau à féliciter Malick Ndoye pour son désistement. Ce qui a empêché la tenue d’un deuxième tour entre lui et moi. Ceci dit, je lance de nouveau un appel à tous les acteurs quelle que soit leur position électorale prise lors de l’Ag. Dans le cadre d’une unité des cœurs et des esprits pour le développement du karaté. Le travail pour la Fédération de karaté commence maintenant. La tâche est très élevée. Il faudra que l’on se retrouve dans la paix pour esquisser les voies et moyens pour faire évoluer les choses. Pour les gens motivés par l’intérêt du karaté, nous sommes preneurs. Alors que les personnes qui débarquent pour leurs propres intérêts, nous allons les rejeter.

Quel est le plan à dégager pour votre mandat quadriennal ?

Il y a plusieurs éléments. Premier élément, c’est de redonner confiance au karaté. Que les karatékas puissent avoir confiance en leur Fédération. Dans la diversité, que l’on puisse avoir des contradictions pour se retrouver devant l’essentiel. Faire revenir les écartés du karaté afin qu’ils puissent de nouveau apporter leurs contributions.

A un moment donné également, l’arbitrage sénégalais demeurait une référence en Afrique et ailleurs. Nous sommes nostalgiques de cette époque. Pour y pallier, il y a un programme à concocter pour que nous ayons plus d’arbitres internationaux. Il faudra qu’on travaille à former plus d’arbitres nationaux et internationaux. Car maintenant au niveau des compétitions, c’est l’arbitrage qui fait la différence. Il y a forcément des éléments nouveaux qui interviennent dans un giron universel où le règlement a beaucoup changé.

De nos jours, pour pouvoir coacher un combattant sur l’international il y a des critères à remplir. Nous allons donc former nos coaches dans ce sillage. Nous allons définir le profil type pour être coach en équipe nationale. Nous n’en avons pas le choix puisqu’il sera inutile de déplacer un coach à une compétition internationale pour le voir au finish dans les gradins. Il faudra que l’on forme le maximum de coaches donc en direction des sorties internationales.

L’échéance continentale de Yaoundé est pour cette fin du mois de mai…

Certaines personnes pensent que nous avons oublié les affaires courantes de l’équipe nationale. Pourtant, tel n’est pas le cas. En choisissant un ancien combattant comme président, certainement ces acteurs du karaté veulent donner plus de force à la Tanière. Voire même plus de moyens. C’est l’équipe nationale qui centralise tout la politique fédérale. Afin que le karaté puisse faire revenir des médailles au pays. Des échéances profilent à l’horizon à commencer par les Championnats d’Afrique du 29 mai prochain à Yaoundé, au Cameroun.

Nous travaillons pour cela sur une stratégie car ne sachant pas encore tous les contours pris par l’ancien bureau en direction de la campagne africaine de Yaoundé. Et à ce propos, je dois rencontrer dans les plus brefs délais le président sortant. Histoire de voir ce qui a été fait et ce qui reste à faire pour ces Championnats d’Afrique seniors et juniors à Yaoundé. Nous allons aussi discuté avec les combattants afin de les rassurer. Et d’opérer même des changements si besoin se faisait sentir. Car encore une fois l’essentiel de notre stratégie sera centrée sur l’équipe nationale.

Peut-être même que certaines compétitions nationales seront annulées à l’échelle locale pour ne pas indisposer les «Lions» en partance pour le Cameroun. L’échéance est courte certes, mais je fais confiance à nos combattants. A nos jeunes. Nous ferons tout pour amener à Yaoundé une équipe compétitive en junior comme en senior. Et comme le karaté est devenu une discipline olympique, il y aura des compétitions internationales à ne pas rater. Histoire de grappiller des points dans le ranking mondial. Environ 5 à 7 compétitions à ranking vont se tenir l’année. Cela demande des moyens pour le déplacement des délégations sénégalaises. Pour cela nous faisons confiance au Cnoss, à notre ministère de tutelle et aux bonnes volontés.

Quelle politique pour la diaspora sénégalaise du karaté ?

Nous avons des expatriés qui font de bons résultats dans leurs pays d’exil respectifs. On les suit même si nous n’étions pas dans le bureau fédéral sortant. Les meilleurs parmi ces expatriés-là seront intégrés dans l’équipe nationale afin de maximiser nos chances de médailles.

En direction des Jo de 2020 à Tokyo, on aura une stratégie bien spécifique. On va se mettre sur table pour décliner une feuille de route allant dans cette direction. Avec surtout des indicateurs qui vont nous permettre d’évaluer ce qui a été fait au moment opportun. Le karaté sénégalais doit avoir un peu plus de professionnalisme. Nous ne pouvons plus travailler dans l’informel. Ce n’est plus possible. Plus de professionnalisme donc avec l’accompagnement financier nécessaire pour que le karaté sénégalais retrouve son lustre d’antan.

Et la Direction technique nationale ?

Pour la Direction technique nationale, il y aura forcément des changements en interne à apporter. Dans un premier temps, nous comptons mettre en place une structure provisoire d’ici les Championnats d’Afrique de fin mai à Yaoundé. Puisque nous n’avons pas encore fait le diagnostic de ce qui a été fait. Avant de pouvoir dans la foulée mettre en place une équipe définitive. Certainement, en prélude à l’expédition de Yaoundé, nous allons choisir des encadreurs pour gérer la partie technique. Nous allons solliciter par conséquent Fodé Ndao basé en France. Il entraîne de nombreux champions de par le monde et demeure un technicien de High Level qui n’est plus à présenter. Et actuellement, Fodé Ndao est le seul coach sénégalais accrédité sur l’international. Nous allons donc l’associer pour la campagne de Yaoundé et plus tard pour les compétitions internationales auxquelles le Sénégal aura à participer.

Pour finir, permettez-nous de mieux connaître El Moctar Diop ?

Dans le milieu du karaté, on m’appelle El Moctar. Au niveau professionnel, c’est plutôt docteur que l’on entend souvent. Parce tout bonnement j’ai un doctorat en mathématiques en sus d’un master en ingénierie informatique.

Mon histoire avec le karaté remonte à 1980 avec le club de Dorama. Même si durant mon séjour en France, j’ai été licencié au club Sauvegarde en France avec un certain Fodé Ndao. J’ai été plusieurs fois champion du Sénégal dans la catégorie des moins de 65 kg. J’ai été aussi champion du Sénégal toutes catégories confondues en 1994. Une épreuve qui n’existe plus. J’ai été double champion d’Afrique en sus d’une médaille de bronze obtenue à une des éditions de Jeux africains.

J’ai toujours allié sports-études. Et le sport ne m’a jamais empêché de prendre parallèlement les cours à l’école. Et Dieu sait que l’environnement entre sport-études était moins propice de nos temps qu’aujourd’hui. Pour preuve, de nos jours les athlètes allient avec plus d’aisance et de facilité sports et études. Et depuis 1997, j’en suis toujours resté scotché au grade de ceinture noire 3e dan. Ceci pour des principes personnels.

Dans la vie professionnelle, je suis directeur académique à Sup de Co. Je coiffe ainsi l’ensemble des départements répertoriés dans cet établissement de formation supérieure. Entres autres, je suis chargé donc de gérer toutes les politiques académiques déclinées par le Pdg de Sup de Co, Ababacar Sadikh Sy.

Mon père est originaire de Saint Louis. Mais j’ai grandi à Kaolack avant de débarquer à Dakar par la suite. J’ai 48 ans, l’âge propice en mon sens pour diriger une Fédération nationale. Ni jeune ni vieux donc. Espérons que le «gosse», conformément au sobriquet collé à moi par les anciens du karaté sénégalais, va enfin disparaitre. Je veux donc grandir et bien tenir la barque des Mae Geri sénégalais pour les quatre prochaines années. Pour finir, je suis marié et père de trois enfants.

Recueillis par Souleymane SECK (jourdesport.sn)

NOUVEAU BUREAU FEDERAL

Président : El Moctar Diop

1e Vice-président: Papa Ismaïla Bâ

2e vice-président: Yatma Lô

Secrétaire général: Ndiogou Fall

Secrétaire général adjoint: Souleymane Bâ Diallo

Trésorier général: Papa Babacar Guèye

Trésorier général adjoint: Dieynaba Coly