Usain Bolt : "Il est temps d’arrêter"

Détrôné par Justin Gatlin, le Jamaïcain a reconnu sportivement sa défaite.

"J’ai mal aux jambes, je ne me sens pas au mieux : il est vraiment temps que j’arrête !"

Usain Bolt sourit tant bien que mal. Le Jamaïcain vient pourtant de rater sa sortie sur 100 m et, plus d’une heure après avoir franchi la ligne d’arrivée, le voilà encore qui multiplie les interviews dans la zone mixte, entre des saluts lancés à des supporters qui n’attendent bien sûr que ça. Invité à se justifier sur ce faux pas qui définira à jamais sa fin de carrière, l’homme le plus rapide de l’histoire ne peut alors avancer qu’une seule raison. "Mon départ m’a tué ! Je savais, après les demi-finales, que si je ne réglais pas ce problème, je risquais de connaître des difficultés. Et malheureusement, je n’ai pas réussi à mettre les choses en place. C’est le sport ! Gatlin mérite sa victoire."

Préparation trop courte pour s’imposer

Beau joueur, presque protecteur vis-à-vis d’un Américain conspué et sans cesse remis en cause, Usain Bolt a clairement trahi des signes de lassitude, tout autant mentalement que physiquement. Sa préparation, trop courte à ce niveau, lui a coûté cher.

"Normalement, je deviens meilleur au fil des tours, poursuit-il. Ici, je me suis senti un peu stressé. Je suis venu comme dans tous les autres championnats pour donner le meilleur de moi-même. C’est ce que j’ai fait, mais je n’étais pas à mon top. J’aurais pourtant voulu offrir une victoire à ce public qui m’a soutenu de manière incroyable depuis le début."

En demi-finales, déjà, Usain Bolt avait senti le vent tourner lorsque Christian Coleman vint lui ravir la première place. Une première en championnat depuis le quart de finale de l’édition 2009 ! Mais la finale allait donc se révéler encore plus destructrice pour le Fastest, qui n’avait plus connu la troisième place depuis le 14 septembre 2007, et le 200 m du Mémorial Van Damme.

Sa 14e médaille mondiale autour du cou, Usain Bolt a toujours pu se consoler dans les bras de Kasi Bennett, sa compagne, en attendant les séries du 4 x 100 m samedi prochain.

Justin Gatlin, le vainqueur mal-aimé

La victoire de l’Américain sur 100 mètres a ravivé le débat sur la suspension à vie.

Un choc. Il n’y a pas d’autre mot pour qualifier la victoire de Justin Gatlin (9.92), ce samedi soir, en finale du 100 m. Devant 55 000 spectateurs, ce devait être une belle fête en l’honneur d’Usain Bolt ou de l’un des jeunes prétendants à son trône. En bout de ligne droite, c’est pourtant l’ancien dopé américain, âgé de 35 ans, qui a surgi sans crier gare sous les huées d’un public profondément déçu. "Ce n’est pas le scénario idéal", a admis le président de l’IAAF Sebastian Coe, "mais il a parfaitement le droit de concourir ici."

Né à Brooklyn, Justin Gatlin a développé ses talents d’athlète à l’Université du Tennessee. Se révélant progressivement sur la scène internationale, il signera son plus grand succès lors des Jeux, en 2004, à Athènes où il remporte l’or du 100 m avant de signer le doublé 100-200m aux Mondiaux 2015.

Positif une première fois aux amphétamines en 2001, l’Américain avait plaidé la bonne foi sur base de ses antécédents médicaux et un traitement suivi depuis l’enfance pour régler des troubles de l’attention. Il s’en sortira avec un an de suspension. En 2006, il se révélera à nouveau positif, à la testostérone cette fois. Ses huit années de suspension seront ramenées à quatre en appel.

Un rôle de "bad boy" contre son gré

Revenu en 2010, deux ans après l’émergence d’Usain Bolt, Justin Gatlin se voit d’abord refuser l’entrée des grands meetings européens et doit écumer les petites réunions. Sa force de caractère et des chronos toujours plus rapides le rendront incontournable. Mais sa collaboration avec le sulfureux Dennis Mitchell passe mal. Diabolisé, Gatlin endossera contre son gré ce rôle de "bad boy" l’opposant à Usain Bolt. Son taux d’impopularité étant proportionnel à la cote de sympathie de son rival.

La victoire de Gatlin, au moment où on l’attendait le moins, a glacé le public qui, de manière peu élégante, l’a conspué depuis le début de la compétition. Le microcosme de l’athlétisme, lui, voit resurgir le débat sur la suspension à vie des dopés pour éviter ce genre de scénario à l’avenir. "Nous avons essayé plusieurs fois de faire adopter cette mesure mais nous avons chaque fois échoué", a rappelé Sebastian Coe. Et si cette fois…