CHERIF KANDJI – FOOTBALL : La belle ballade de Kaolack à Dakar, en passant par Diourbel

  • Arrivé dans le football sénégalais à l’époque des grands «seigneurs», il savait porter la belle «étoffe». Tombé sur des monstres sacrés tels Diakkou Gaye, Oumar Diop ou Roger Mendy, il tenait la mesure dans cette cour des grands. A la Seib comme au Jaraaf, il était une assurance parfaite.
  • Quand on se rappelle la belle équipe de football de la Seib de la fin des années 1970-début 1980, il y a des noms qui envahissent l’esprit. Celui de Cherif Kandji est inévitable. Du haut de ses 187 cm pour 86 kg, il était un atout prépondérant dans l’axe central. Avec sa culture tactique il dégageait une assurance. Pour son ancien capitaine et coéquipier, Ass Birane Cissé, «il était l’un des meilleurs défenseurs du Sénégal. Un prototype de Roger Mendy. La sécurité et la sérénité à la fois. Il était bon sur les balles aériennes et efficace au sol, avec un jeu propre et sobre. Il était également dur sur l’homme sans verser dans la brutalité. Avec le milieu de terrain dont je faisais partie, il assurait une transition parfaite».
  •  Cherif Kandji a passé quatre ans à la Seib, entre 1978 et 1982. Mbaye Fall du Jaraaf, qui a été son adversaire avant de l’avoir comme partenaire, se rappelle de l’étiquette qu’il lui collait : «Défenseur, défensé». Pour dire que le cuir récupéré, c’est lui qui organisait la relance. «Il avait le talent et sa vision du jeu était excellente. A cette époque, il était en avance sur pas mal de défenseurs centraux. Que ce soit au Sénégal ou ailleurs sur le continent», souligne l’ancien avant-centre du Jaraaf.
  •  Né à Kaolack le 25 février 1958, Cherif Kandji a grandi à Usine Ben Tally, à la rue Laobé. A 5 ans, il était venu rejoindre son père agent de la Caisse de sécurité sociale. «C’est dans les rues sablonneuses de Ben Tally et au terrain Nguelaw que j’ai commencé avec le ballon. Et c’est à l’école Nguelaw que la passion du défenseur central a commencé à me prendre». Mais l’entrée en 6e en poche, il retourne à Kaolack pour grandir au lycée Gaston Berger. Le Mbossé le remarque assez vite dans les compétitions de l’Uassu et il y débarque chez les juniors en 1975. Le groupe est riche des Babacar Thiam, Mass Faye, Gora Bèye, Antoine Wardini (futur colonel), etc. Ce sera l’ossature de l’équipe du Sine-Saloum (devenue région de Kaolack), que dirigeait feu Yérim Diagne. «On nous craignait lors des différentes Semaines nationales de la Jeunesse et des Sports. Malheureusement il nous manquait l’expérience qui pouvait faire la différence».
  • Alors sélectionneur de l’équipe nationale junior, Iba Dia ne le rate pas. Chez les «Lionceaux», Cherif Kandji retrouve les Amadou Diop «Boy Bandit», Birame Ngom, feu Jules Bocandé, etc. Il joue alors en duo avec Mamadou Niabaly de Gorée. L’équipe est belle, mais rate la première Can juniors en 1976. Battus par 4-0 à Conakry, le Sénégal ne s’impose que par 4-1 à Dakar. L’équipe guinéenne finira d’ailleurs finaliste de cette Can.
  •  Junior de son âge, sénior dans l’équipe du Mbossé, un tournoi interligues organisé à Kaolack en 1978 allait sceller son destin. Feu Youssou Touré, alors entraîneur de la Seib, le remarque et l’embarque pour Diourbel. Pendant quatre ans il tient la maison et finit champion du Sénégal en 1979-1980. C’était avec l’équipe des Ass Birane Cissé, Lamine Ndiaye (ancien coach des «Lions»), feu Karim Sèye, El Hadji Mamadou Keïta, etc. «Engagés par l’entreprise (Ndlr : l’usine de la Seib), nous évoluions dans des conditions de professionnels. Youssou Touré m’avait remis sur les rails et je remplissais le poste de libero avec une parfaite intelligence. Après lui, aucun autre entraineur ne m’a autant impressionné. Ses connaissances du football étaient énormes».
  • La Seib tombera devant l’Asec d’Abidjan en Coupe d’Afrique des clubs champions (2-1 puis 2-1 à Abidjan, défaite aux tirs au but par 4-3) et Cherif Kandji se retrouve ensuite au Jaraaf. L’équipe est superbe. Elle sera même demi-finaliste de la Coupe d’Afrique des clubs champions en 1983, éliminée par l’Ashanti Kotoko de Kumasi (2-1, 0-2), après avoir sorti l’Africa Sports d’Abidjan, la Jeunesse électronique de Tizi Ouzou d’Algérie et le Kenitra Athlétic club du Maroc. «On avait une bonne ambiance d’équipe et de grands dirigeants comme les défunts Kéba Mbaye, Abdoulaye Fofana, Adolphe Ndoye, Ameth Ndoye, etc. Je me souviens toujours de notre belle réaction d’ensemble quand on a été mené au score (1-0) en première période, par l’Ashanti Kotoko de Kumasi à Dakar. On est revenu des vestiaires déterminés, pour renverser la vapeur».
  •  Le Jaraaf termine cette saison avec la Coupe du Sénégal, gagnée devant la Police (1-0), mais Cherif Kandji avait surtout impressionné les dirigeants de l’Asec d’Abidjan. Entre 1984 et 1986 il se retrouve ainsi sur les bords de la Lagune Ebrié. Mais cette escapade se termine avec une fracture au pied droit qui l’immobilise pendant six mois. Il se branche ensuite sur le Jaraaf en 1987, termine la saison et retourne en  Côte d’Ivoire pour gagner la Coupe nationale en 1988. Avant de rentrer pour de bon au Sénégal.
  • Côté carrière internationale, Cherif Kandji s’est distingué avec les juniors et les Espoirs, où ses compagnons avaient pour noms Pape Fall, Ibrahima Diakhaby, Joseph Koto, Bleck Ciss, etc. C’est avec cette base que l’Allemand Otto Pfister mit en place l’équipe A, vainqueur du Tournoi Amilcar Cabral à Bissau en 1979. «Mais en équipe nationale j’ai le plus souvent fait banquette. Le duo qui était là à cette époque, c’est-à-dire Oumar Diop et Diakhou Gye, était indéracinable. C’était encore une paire riche de qualités», avoue-t-il. Mal tombé en somme.
  • Mamadou Pascal WANE (jourdesport.sn)
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  • UN 2e DEGRE DANS L’ATTENTE
  • Les études sacrifiées pour le football, il a tenté de se rattraper à l’Institut de formation professionnelle de Dakar. Ayant aussi fait du marketing et du management à Abidjan, Cherif Kandji n’a pas eu la carrière adaptée à cette formation. Agent voyer à la mairie de Yoff depuis 2010, confirmé à ce poste par la nouvelle équipe municipale, il est toujours de cette maison.
  •  Le football l’a cependant honoré d’un diplômé du 2e degré depuis 1989. Ce diplôme obtenu à Abidjan lui a permis d’être adjoint d’Amadou Diop «Boy Bandit» au Jaraaf, en 2011. Devenu ensuite directeur technique de l’Asc Hlm, il remporte la Coupe du Sénégal en 2012. Nommé entraineur, il se fait cependant reléguer en Division 2 (2013). C’est sa dernière position dans le foot.
  • Marié depuis 1992, père de cinq garçons et de trois filles, seul Macoumba (27 ans), plus connu sous le sobriquet de Mackandji a emprunté le chemin du foot. Il joue à Hjk d’Helsinky, en Finlande. «Il joue des deux pieds. Excentré ou à la pointe de l’attaque, son souhait est de pouvoir jouer un jour pour le Sénégal. J’ai alerté tous mes amis entraîneurs qui sont passés dans la «Tanière». De Lamine Ndiaye à Joseph Koto, en passant par Amsatou Fall ou Saër Seck (Ndlr : président de Diambars) qui avait eu à le contacter. Je signale que la Gambie suit son dossier afin de l’enrôler, du fait des origines gambiennes de sa maman».  
  • M. P. WANE (jourdesport.sn)