ELLIOTT SAMBA KHOUMA - ENTRAINEUR : Demi-fondeur devenu père du foot féminin

Ellioth Samba Khouma est décédé lundi 28 novembre 2016. A titre posthume, nous publions cet article retraçant son riche parcours  paru il y a plus deux ans dans le journal papier de Jourdesport.

Dans les années 1970, c’est lui qui, le premier, a mis les filles en culottes courtes pour les faire courir derrière un ballon de foot. Pendant longtemps, il accompagnera cette discipline pour aider à son ancrage au Sénégal. Lui dont la carrière de sportif avait commencé loin du foot.

Samba Khouma ? Dites plutôt «Elliott» pour mettre un visage sur le nom. Car c’est ainsi qu’on connaît le père du football féminin au Sénégal. Un surnom qui lui vient de l’Australien Herbert Elliott, champion olympique du 1 500 m à Rome, en 1960, et qui donne quelques indications sur le profil du bonhomme.

Ses premiers pas se sont, en effet, déroulés sur une piste d’athlétisme. «C’est Abdou Sèye, médaillé de bronze au 100 m de Rome, sous les couleurs françaises, qui m’a collé ce surnom. Il était venu à Dakar. Je dominais le 1 500 m et quand il m’a vu, je lui renvoyais l’image d’Herbert Elliott», confie-t-il.

On était donc en 1960 et Samba Khouma faisait ses premiers pas d’athlète à la Ja. «Quand j’ai rejoint le club, nous étions à deux jours des championnats du Cap-Vert (devenu Dakar) dont j’ai remporté la finale du 1 500 m. L’étonnement était général, mais une semaine après, je remportais le titre de champion du Sénégal pour mettre tout le monde d’accord».

Un mois plus tard, il était en équipe nationale à l’âge de 19 ans (il est né le 8 février 1941 à Dakar).

Sa première sortie internationale fut un rendez-vous manqué à Bamako. Le Mali n’avait pu aligner d’athlète sur le 1 500 m et il ne rimait à rien de voir Elliott et feu Abdoulaye Guèye disputer seuls l’épreuve. Ce dernier était alors roi sur cette distance au Sénégal. «J’ai eu plus tard l’occasion de le battre, au stade militaire de Fann (actuel site de l’Iut) lors d’une autre compétition contre le Mali. Mais contre toute attente, c’est à lui qu’on avait remis la médaille. Je me rappelle que les gens étaient descendus des tribunes pour assiéger la chambre d’appel. On m’avait fait comprendre qu’il fallait privilégier les seniors».

L’amertume guidera ses pas, mais les fédéraux sentaient la bonne graine germer en lui. Trois mois plus tard, Elliott bénéficiait d’une bourse pour l’Insep de Paris, en prévision des Jeux de l’Amitié en 1961. D’Abidjan, il revient avec une décevante 5e place et bien des leçons. «Je savais que j’avais une marge de progression intéressante. J’étais jeune et ambitieux». Deux ans plus tard, les seconds Jeux de l’Amitié à Dakar le voient pourtant finir 4e. Les 1ers Jeux africains de Brazzaville ne lui offrent pas l’occasion d’une revanche, puisqu’une blessure au genou le prive du voyage, alors qu’il venait de remporter la médaille d’or du 1 500 m au tournoi open du Nigeria.

Elliott dominera le 1 500 m jusqu’en 1970, passant parfois au 3 000 m steeple dont il fut le premier champion du Sénégal, sans compter le 5 000 m et le cross de masse.

Mieux, il détenait aussi sa licence de foot avec la Ja, mais n’ayant jamais pu sortir des rangs des réservistes, il avait préféré bouder. Sa passion pour le foot, il la mettra donc au service de la formation des jeunes au niveau du collège Sacré-Cœur, où il entra comme maître d’Eps en 1970.

Quand Elliott déroule son registre de formateur, les célébrités d’hier dont il a guidé les premiers pas se bousculent. D’Ibrahima Diakhaby à Babacar Ndiaye, en passant par Oumar Dieng (Psg), Lamine Mboup, Nounou Preira, etc. En fait, c’est lui qui couvait les jeunes appelés à faire le bonheur de la Jeanne d’Arc. «Nous avions des gosses bien formés, forts au plan technique. Souvent d’ailleurs, la fédération et la ligue de Dakar nous sollicitaient pour faire les matches de lever de rideau lors des rencontres internationales». Le plus souvent c’était contre l’école d’Ass Diack qui œuvrait du côté de la Médina, pour des Ja-Jaraaf en miniature.

C’est aussi dès cette année 1970 qu’Elliott commence à prospecter du côté du football féminin. Difficile entreprise.  La première équipe qu’il met sur pied en 1971 tombe à l’eau. «Les parents ne pouvaient s’imaginer leurs filles se mettre en culottes pour jouer», rappelle-t-il. Il faudra un événement officiel, avec l’arrivée à Dakar de l’Italienne Valeri Rocci, ambassadrice du football féminin à travers l’Afrique, pour que la Fédé se tourne vers lui. Celle-ci était à Dakar dans le cadre d’un jumelage avec la ville de Milan et tenait à inclure un match de foot féminin dans le programme des festivités. Les «filles d’Elliott» feront l’affaire.

«Elle envisageait un match contre le Calcio Lombarda, championne d’Italie. En deux mois, j’ai mis sur pied une équipe, en prospectant au niveau des écoles. Feu Caroline Diop, député femme à l’Assemblée nationale, nous avait aidé. C’est elle qui a trouvé le nom de l’équipe : les Gazelles de la municipalité de Dakar. Cela nous avait aussi valu du soutien de la part du maire de Dakar d’alors, feu Dr Samba Guèye». Les Italiennes gagneront par 5-2.

Les premières «Lionnes» de ce match historique avaient pour noms Ndew Niang, Anta Barro, Simone Sèye, Bineta Camara, Gisèle Diakité, etc. Leur exemple fera tache d’huile avec les Dorades de Mbour, les Reines du Baol, les Garmy de Kaolack, les Tigresses de Ziguinchor, les Abeilles de Bignona, etc. L’essor du foot féminin conduira à des tournées internationales, comme en 1987 à Monaco et en 1989 en Italie.

«L’équipe des Gazelles était bien partie et pouvait constituer le socle de l’équipe nationale. Mais avec les tiraillements au niveau des fédérations qui se sont succédé, certains m’ont trouvé gênant et m’ont mis à l’écart. Tout se fait maintenant sans moi. Ainsi va la vie».

Une vie qui restera attachée au foot féminin, comme elle aurait pu l’être aussi au handball et au volley-ball, titulaire qu’il est d’un 2e degré. Son diplôme d’entraîneur d’athlétisme, il l’a aussi en poche, ainsi qu’un 3e degré en football.

Un engagement sans ride

Elliott traîne cette passion, ce langage direct et franc, quand il parle de sport. «Je me donnerai jusqu’à mon dernier souffle», lâche-t-il. Cela dure depuis cinquante ans, quand il s’est lancé sur les pistes d’athlétisme.

Son amertume, c’est plutôt de ne pouvoir s’engager plus. «Je suis membre de la commission fédérale, chargée du football féminin, mais je pourrais apporter davantage, si j’avais une voix au niveau de la «Tanière». Mais cela se passe autrement…», regrette-t-il.

Septuagénaire à la retraite de son poste de maître d’Eps au collège Sacré-Cœur depuis 1996, Elliott est père de 5 enfants dont 3 garçons. «Malheureusement, le sport ne les passionne pas», se désole-t-il.

   Mamadou Pascal WANE (jourdesport)

Le défunt Ellioth Samba Khouma (debout à gauche) avec une équipe de petite catégorie de la Jeanne d'Arc.